Agro-foresterie et culture associées aux cocotiers

Par R. Bourdeix, 2020

Des associations culturales peut être établie avec le cocotier pour augmenter la rentabilité de la plantation, diversifier les cultures, restaurer ou améliorer la fertilité des sols, produire du bois de chauffage, nourrir du bétail ou encore contrôler les adventices. Quatre grands types d’association de cultures à base de cocotier peuvent être distingués (adapté de Bonneau et Sugarianto, 1999) :
  1. Une occupation de l’interligne à titre temporaire, pendant la période immature des jeunes cocotiers. L’objectif du planteur est de tirer un revenu net de la culture associée pendant la période improductive des cocotiers, qui varie de quatre à sept ans selon les types variétaux de cocotier.
  2. Une occupation de l’interligne à titre permanent, planté directement sous une cocoteraie adulte, ou sous une cocoteraie jeune qui deviendra adulte. Les cocotiers, plantés à raison de 120 à 160 arbres/ha restent la culture principale. L’espace et le rayonnement résiduels du milieu de l’interligne sont utilisés pour les cultures intercalaires.
  3.  Une association où le cocotier n’est pas la culture principale : sa densité de plantation est réduite pour laisser place aux cultures associées, qui deviennent une source de revenu supérieure ou égale à celle des cocotiers. En général, les densités de plantation des cocotiers sont alors de l’ordre d’une centaine par hectare, ou moins.
  4. Une occupation de l’interligne sous des cocoteraies vieillissantes ou mal entretenues, peu productives. Pour éviter une interruption brusque du revenu, la culture associée est plantée dans les interlignes des cocotiers, lesquels sont éliminés progressivement pour laisser place à une culture de plein soleil. Il s’agit d’une association temporaire, avec des cocotiers sacrifiés à moyen terme, le temps pour la culture associée de s’installer et de produire.
Dans le cas de Wallis et Futuna, les types d’association les plus adaptés sont plutôt les n°2 et 3, et dans une moindre mesure le 4. En effet, il est assez rare que le cocotier soit planté dans ces îles avec l’objectif de réaliser une culture pure. Les plantations de cocotiers constituent en réalité des systèmes de culture complexes, objet de multiples associations végétales et/ou animales. La dynamique d’exclusion des cultures vivrières par les cocoteraies, telle que décrite par exemple par Bonnemaison au Vanuatu, semble s’être progressivement transformée. Dans les zones ou la pression foncière est la plus forte, les agriculteurs du Pacifique installent des jardins vivriers à l’intérieur de leurs parcelles de cocotiers, ou en bordure de celles-ci. Ceci survient aussi à Wallis et Futuna car les terrains sont maintenant préférentiellement cultivés à proximité des habitations. 

Dans la plupart des cas, les associations culturales s’avèrent favorables au rendement des cocotiers : la présence de plusieurs cultures induit un meilleur entretien de l’interligne – d’où moins d’adventices – et souvent l’amélioration des propriétés physico-chimiques du sol par apport d’engrais minéraux et restitutions de matière organique dont profite le cocotier. Les cultures intercalaires peuvent améliorer l'activité microbienne de la rhizosphère. Elles peuvent également augmenter la matière organique du sol Grâce aux résidus de récolte laissés dans le champ. L'activité bactérienne résultante, fixant l'azote et solubilisant le phosphate, peut également être bénéfique.
Le tableau ci-dessous donne la liste des principales espèces cultivées en association avec le cocotier. Il n’est pas envisageable, dans le cadre de ce rapport, de fournir les densités de plantation préconisées pour chacune de ces espèces. Le principe général est d’appliquer la densité habituelle de plantation des espèces, lorsqu’elles sont cultivées en pur, et de laisser une zone non plantée de deux mètres de diamètre autour des cocotiers. Cette zone peut éventuellement être étendue à 2.5 m selon le type d’association. 
Un certain nombre de documents récents propose des dispositifs d’occupation des sols dans le cas de cultures intercalaires (voir par exemple Compton & Ramkhelawan, 2016). Les densités auxquelles planter les cocotiers varient selon les auteurs. Nous suggérons une plantation en carré de 10m x 10m pour des types Grands, en rectangle de 8 m par 10 m pour des types Hybrides et Nains et pour des parcelles dans lesquelles différents types sont mélangés.
Exemple d'association culturale
 cocotier, banane, ananas
tel que proposé par Compton & Ramkhelawan, 2016
Nous déconseillons la culture d’espèces arborées destinée à la production de bois d’œuvre en mélange avec le cocotier. Ces arbres sont destinés à un fort développement, incompatible avec un partage du terrain efficace. Il vaut mieux planter des espèces d’arbres médicinaux ou à parfum, dont la croissance pourra être gérée grâce une taille régulière. L’association régulière avec le Manioc est à proscrire si une fumure n’est pas apportée pour maintenir la fertilité du sol ; en l’absence d’une telle fumure, le manioc va extraire les éléments minéraux du sol jusqu’à considérablement l’appauvrir, provoquant une chute de rendement pour les cocotiers comme pour lui-même.

Liste des principales espèces cultivées 
en association avec le cocotier
(adapté et enrichi d’après Plucknett, 1979)

Note : les cultures recommandées par l’expert dans cette zone sont identifiées par des étoiles dans la première colonne (Rc). Le plus grand nombre d’étoiles désigne les mieux recommandées. Les pays indiqués comme pratiquant ces cultures intercalaires ne constituent pas une liste exhausive.

Rc
Type de culture
Nom
 Français
Nom
Anglais
Nom
Latin
Pays pratiquant ces cultures associées

Céréales
Riz
Rice
Oryza sativa
Inde

Céréales
Mais
Maize
Zea mays
Philippines

Légumineuses
Mung bean
Mung bean
Vigra radiata
Inde

Légumineuses
Pigeon pea
Pigeon pea
Cajanus cajan
Inde

Légumineuses
Corn pea
Corn pea
Vigra unguiculata
Sri Lanka

Légumineuses
Soja
Soya bean
Glysine max
 Philippines

Légumineuses
Arachide
Ground nut
Arachis hypogiea
 Philippines
*
Plantes à tubercule
Manioc
Cassava
Manihot esculenta
Inde,  Philippines, Sri Lanka

Plantes à tubercule
Patate douce
Sweet potato
Ipomoea batatas
Inde
**
Plantes à tubercule
Igname
Yam
Dioscorea spp
Inde
**
Plantes à tubercule
Taro
Taro
Colocasia spp
 Philippines
**
Condiments
Gingembre
Ginger
Zingiber officinale
Inde
*
Condiments
Curcuma
Tumeric
Curcuma longa
Inde
*
Condiments
Piment
Chillies
Capsicum annuum
Sri Lanka

Cultures arborées
Cacao
Cocoa
Theobroma cacao
Inde, Malaysia, PNG

Cultures arborées
Café
Coffee
Coffee canephora
Philippines
**
Cultures arborées
Arbre à Pain
Breadfruit
Artocarpus altilis
Région Pacifique

Cultures arborées
Bois d’oeuvre
Lumber
Divers
Région Pacifique
***
Cultures arborées
Arbres médicinaux ou à parfum
Medicinal or fragrance tree crops
Divers
Région Pacifique
***
Banane
Banane douce et plantain
Sweet banana and plantain
Musa
Inde, Jamaïque, région Pacifique
***
Cultures arborées
Orange, mandarine, citron, pamplemousse
Orange, tangerine, lemon, grapefruit
Citrus
Inde, Jamaïque, région Pacifique

Plante à fibre
Coton
Cotton
Gossypium spp
Inde, Sri Lanka

Plante sucrière
Canne à sucre
Sugar cane
Saccharum officinarum
Philippines


Exemple d'association culturale
 cocotier, ananas, papaye et arachide
tel que proposé par Compton & Ramkhelawan, 2016

Pour en savoir plus

Athmanathan, U., Bhaskaran, R., & Karthikeyan, A. (2000). Banana: ideal intercrop for coconut. Coconut Research Station, Veppankulam, Tamil Nadu. Online edition of India’s National Newspaper–The Hindu. Thursday.
Bonneau X., Boutin D., Bourgoing R., Sugarianto J. (1997). Le chlorure de sodium, fertilisant idéal du cocotier en Indonésie. Plant. Rech. Dév. 4 (5) : 336-346.
Bonnemaison J. (1996). Gens de pirogues et gens de la terre. Les fondements géographiques d’une identité, l’archipel du Vanuatu. Livre 1. Paris :Orstom éditions,1996 ;460p.
Braconnier S. (1998). Coconut-based farming systems. Operational and economic analysis models. Final report. Montpellier, France, Cirad-cp, 450 p. (document interne).
Braconnier, S., & Bonneau, X. (1998). Effects of chlorine deficiency in the field on leaf gas exchanges in the PB121 coconut hybrid. Agronomie, 18(8-9), 563-572.
Braconnier, S., Chipungahelo, G., Margate, R. Z., & Kleih, U. (1998). Les cultures associées avec le cocotier: modèle de fonctionnement et d'analyse économique. Plantations, recherche, développement, 5(4), 246-260.
Colas, H. (1997). Association de cultures cocotier-cacaoyer: modélisation de leur système racinaire. Etudes préliminaires sur l'interaction racinaire et la consommation en eau des deux plantes (Doctoral dissertation, Université Montpellier 2).
Compton, L.P. & Ramkhelawan, E. (2016). Coconut Intercropping Systems. International Trade Centre, Geneva, Switzerland. Available at the URL :
Dauzat, J., & Eroy, M. N. (1997). Simulating light regime and intercrop yields in coconut based farming systems. European Journal of Agronomy, 7(1-3), 63-74.
Dufrene, E. (1989). Photosynthèse, consommation en eau et modélisation de la production chez le palmier à huile (Elaeis guineensis Jacq) (Doctoral dissertation, Paris 11).
Girard, M. L. (1992). Climat radiatif sous cocoteraie et architecture des arbres, diplôme d’étude approfondie ecologie générale et production végétale. Inra, Universités Paris VII/Paris XI, France.
Kleih, U. (1997). Economic model of coconut based farming systems. A guide. Contract Std3-Ts3Ct92-0132. Chatham, Royaume-Uni, Natural Resources Institute, 21 p.

Margate, R. Z., Eroy, M. N., Julia, J. F., Benard, G., Daniel, C., Claveria, M., ... & Cabangbang, R. (1998). Coconut-based farming system. Operational and economic analysis model. Part 2. Coconut architectural modeling and radiative climate simulations on computer models.


Détail d'un tableau
ornant l'aéroport de Wallis en 2019.