Par R. Bourdeix et M. Esnouf, 2020.
Excepté les mentions présentes dans le dictionnaire Wallisien-Français compilé par Karl Rench, et le dictionnaire Futunien-Français compilé en 1878 par le père Grésel, il n'a pour l'instant été trouvé un seul autre document répertoriant des noms traditionnels de variétés de cocotier à Wallis et Futuna. Il s'agit du livre suivant:
Malau, A., Takasi, A., & Angleviel, F. (1999). 101 mots pour comprendre Wallis-et-Futuna. Collection 101 mots pour comprendre.
A noter qu'en 2019, nous avons observés des glissements sémantiques sur les noms des variétés de cocotier, qui ne signifient plus la même chose à Wallis et Futuna que dans d'autres îles du Pacifique.
Ainsi à Fiji, Tonga et Samoa les termes niu leka ou niu le’a désignent des types particuliers de cocotier Nain Compact, avec des troncs s’évasant à la base et à croissance verticale très lente. A Wallis et Futuna, tous les cocotiers de type Nain sont maintenant appelés niu leka. Dans le Dictionnaire Futunien, le terme leka ne se rapporte pas au cocotier, mais désigne une espèce de kava : (C'est le plus fort.) On le réserve pour les grands personnages. Le dictionnaire Wallisien, plus récent, cite la variété de Kava mais aussi une « espèce de cocotier bas ».
De même les termes niu ta' okave (Wallis) et niu taôkave (Futuna) désignent tout cocotier produisant un grand nombre de fruits, quelquesoit la forme des fruits, alors qu’à Tonga le terme semble plus spécifique et désignerait une variété bien particulière produisant des petits fruits ronds à la bourre très fine.
Ci-dessous est reproduit le texte du livre concernant les variétés et la symbolique du cocotier.
"Cependant, la grande importance du coprah sur une période de temps réduite ne doit pas occulter le fait que, immémorialement, les Wallisiens et Futuniens utilisent de façon spécifique de nombreuses variétés de cocotiers. Citons-en quelques-unes pour 'Uvea. Le ta'okave porte des noix très nombreuses et de taille réduite. Le 'utogau fournit de petites noix dont, avant maturité, la bourre et la coque sont comestibles.
Le niu vai, anx grosses noix, a été beaucoup planté pour le coprah. Traditionnellement, .les talua 'ivai, gourdes confectionnées à partir des coques, permettaient le transport et la conservatlon de l'eau douce ; un condiment fermenté, à l'odeur forte, nommé tai'eho ('Uvea) ou taisami (Futuna), obtenu en introduisant de l'eau salée dans une noix verte, par l'un de ses yeux, était un ingrédient de diverses préparations culinaires, par exemple le vaihu, à base de poisson. Les niu 'ui, et niu kula, à l' ean abondamment consommée comme boisson en raison de sa saveur sucrée (et aussi parce que ces deux variétés sont les plus communes, et donc les plus disponibles !), fournissent fréquemment le lait utilisé pour la préparation du vaihalo (qui contient aussi de l'amidon), plat traditionnellement présenté aux femmes après l'accouchement La fabrication de kafa (ficelle) nécessite les fihres de la bourre de niu paega, particulièrement longues car continues d'un pôle à l'autre du fruit.
Le cocotier, encore employé de multiples autres façons, est aussi investi de fonctions symboliques. Il permet de marquer le domaine· foncier : entourer une parcelle avec des cocotiers revient à se l'approprier, à condition bien sûr que personne ne les arrache ! D'aucuns expliquent par cette coutume le succès de la campagne d'introduction à Wallis de nouvelles variétés en provenance de Malaisie, menée à partir de 1972 par les Services de !'Économie Rurale ! Le lau niu (palme de cocotier) permet, à Wallis, de poser un tapu sur un arbre, un régime de bananes ou une autre production végétale. À Futuna, la natte dite takapau tapu, tressée à partir de palme de cocotier, constitue un symbole de pouvoir royal : le sau s'assied sur ce type de natte, à l'exclusion de tout autre, au cours de la cérémonie du kava qui marque son intronisation."
Il n'y a pas de nouveauté par rapport aux noms et variétés que nous avons trouvé en 2019 sauf peut être une référence à des types niu 'ui, et niu kula.
Selon le dictionnaire compilé par Karl Rench, niu 'ui désigne les cocotiers dont les fruits sont de couleur vert clair (voir référence 072 dans notre tableau), en opposition à Kula, qui signifie généralement rouge mais qui, dans ce cas précis, désigne très probablement les cocotiers de type Grand dont les fruits sont de couleur brun-rouge, et non les nains de couleur rouge-orangé, dont l'introduction est beaucoup plus récente. Cette classification des cocotiers de type Grand en vert ('ui) et "rouge" (Kula) désignant les cocotiers bruns se retrouve dans de nombreux archipels du Pacifique.
Les variétés introduites "en provenance de Malaisie" sont le Nain Jaune et surtout Rouge Malais, en provenance très probablement de Fidji, avec d'autres variétés (notamment les nains Compacts rouges et verts). Très probablement, y a eu aussi des introductions en provenance de Samoa, dont des nains compacts Verts et Jaunes mais pas Rouge.
