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| Champ semencier de cocotiers Nains Malais à tronc fins sur l'île de Taveuni, à Fidji. Le champ semencier est entouré d'une plantation d'arbres utiles qui sert de barrière pollinique. A noter que ce champ à souffert du passage d'un cyclone, les nains à troncs fins étant sensibles à la verse. |
Lors des discussions sur la stratégie à adopter pour améliorer les cocoteraies à Wallis et Futuna, il a été proposé que chaque îlien intéressé plante dans son champ un cocotier rouge et un cocotier vert, et puisse produire lui-même des hybrides bruns. Cette solution est intéressante à court terme mais elle ne semble pas viable sur le long terme (à l’horizon d’une ou deux décades). Il est certes important que les océaniens s’approprie ou se réapproprie la connaissance concernant le choix des plants de cocotiers basé sur la couleur du germe. Nombre d’observations indiquent que cette connaissance existait et faisait partie des savoirs traditionnels, notamment à Tonga et en Polynésie Française, mais elle s’est perdue avec le temps.
En effet, imaginons que chaque îlien plante un cocotier rouge et un cocotier vert sur sa parcelle. Tout d’abord les cocotiers autour de cette parcelle ne sont pas contrôlés ; comme celle-ci n’est pas isolée, des cocotiers bruns situés aux alentours peuvent perturber le système en pollinisant les arbres nouvellement plantés. Les semences produites risqueront donc d’être hétérogènes, un mélange d’hybrides productifs et de croisements inconnus. D’autre part, une fois que les cocotiers rouges et verts entreront en production, l’îlien va récolter des semences à germe bruns et les planter dans son champ.
Dès que ces nouveaux cocotiers bruns fleuriront, soit dix à quinze ans après le début du processus, ils produiront du pollen qui pollinisera aussi les arbres rouges et verts, et l’ensemble du système d’identification par la couleur du germe sera compromis. Les semences à germe bruns pourront provenir d’un parent mâle qui est déjà hybride, et leur valeur sera beaucoup plus hétérogène. Seule l’isolation relative des champs semenciers, augmentée par l’effet de masse de la plantation conjointe de beaucoup de cocotiers rouges et verts, permet d’obtenir des semences de qualité.
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| Un autre champ semencier de cocotiers Nains Malais et de Grand Rotuma sur l'île de Taveuni, à Fidji. Le champ semencier est cette fois entouré d'une double barrière, arbres utiles et cocotiers Grand Rotuma. A noter que ce champ à souffert du passage d'un cyclone, et a été depuis replanté (en 2015). |
Un champ semencier, surtout ceux conçus selon les nouvelles méthodes que nous proposons, n’est pas quelque chose de compliqué ou de spécialement coûteux à créer. Il s’agit finalement d’une plantation de cocotier comme une autre, qui peut être utilisée à certains moment pour produire des noix de coco, et à d’autres pour produire des semences. Comme il y a plusieurs variétés à planter selon un design spécial, le coût d’installation est doublé par rapport à une plantation classique ; mais ceci reste financièrement assez peu onéreux, et le coût peut être couvert par les Services de l’Agriculture ou des projets comme PROTEGE. Il doit bien y avoir moyen de trouver sur les îles quelques hectares communautaires à reboiser en cocotier.
Il s’agit avant tout d’une question de communication, et le dialogue avec les chefferies est crucial. Il faut que les îliens reprennent conscience de l’importance de protéger les variétés de plantes utiles, qui ont une valeur agricole mais aussi culturelle. L’existence de lieux dédiés à la conservation contribuera grandement à faire évoluer les mentalités. Le site Web pourrait participer à cette démarche. Si c’est le cas, il est quasiment certain que des initiatives proviendront aussi des communautés Wallisiennes et Futuniennes expatriées, qui gèrent aussi des terres sur les îles.
Il semble donc crucial de promouvoir cette notion de Champ/semencier conservatoire, qui peuvent être sous contrôle public, communautaire ou privé, et cela ne concerne pas uniquement le cocotier. Il faut que les îliens s’approprient des lieux dans lesquels les variétés et espèces de plantes utiles, qui ont des valeurs agricoles mais aussi culturelles, sont conservées pour les générations futures. Le cocotier n’est pas la seule espèce concernée, car pour des questions d’économie d’échelle et de valeur patrimoniale, il est judicieux et rentable de conserver sur les mêmes parcelles d’autres espèces que le cocotier : Bananes, mangues, arbres médicinaux, etc… Ces lieux seront visités par les agriculteurs, les élèves, mais aussi par les touristes. Ils contribueront au rayonnement culturel de Wallis et Futuna.

